Intervenants

Luc ANDRIE

Luc ANDRIE, peintre, professeur à l’ECAL, Lausanne est né à Prétoria. Il vit à la Russille dans le canton de Vaud.

«Chez Luc Andrié, peintre, la couleur est innommable. Elle a quelque chose de suspect, d’empoisonné, d’envahissant, d’asphyxiant, de cyanosé, quelle qu’en soit l’improbable teinte. Elle est fourbe, retorse, perverse pour autant qu’une couleur puisse être dotée d’intention. A la fois, elle dissout et révèle, engloutit et expulse, accompagne et trahit la figure. Elle engage le regard dans un mouvement contradictoire d’inspiration et d’expiration pour mieux l’hypnotiser, le méduser. Dans ce bain de couleur, l’artiste se prend lui-même non pas pour modèle – il n’a que faire de l’autoportrait comme genre traditionnel – mais pour motif humain qu’il gonfle jusqu’au stade de la figure, dénudée et contrainte dans une grimace, une expression forcée qui la fige, la paralyse, la défigure. Pour se peindre, Luc Andrié retient son souffle. Il révèle du coup l’absurdité et la stupidité de l’humain dans sa prétention à s’emparer de lui-même par l’image et, à travers elle, à s’emparer du monde.»

Alberto de Andrés

«Avant de s’ouvrir comme espaces de représentations, les tableaux de Luc Andrié sont à l’image de ce simple piquet qu’évoquait Jean-Jacques Rousseau dans ses réflexions sur le théâtre. Un piquet qui, planté dans un champ, devient le levier idéal à l’esprit participatif de la fête citoyenne. Un axe symbolique autour duquel chacun, observateur et observé, se fait le miroir de chacun, favorisant ainsi la communion identitaire. Le peintre, transitant par le comédien, se faisant lecteur et spectateur d’un autre dont il sent la pensée proche de la sienne, rejoint ainsi pleinement son public dans ce que l’on osera peut-être enfin nommer une esthétique relationnelle. «Nous vivons une période historique où la question du centre n’existe plus. Nous sommes pris dans un monde de réseautage d’une telle rapidité, d’une accélération telle que nous avons de la peine à reconnaître quelqu’un», observe l’artiste. Le monochrome, après avoir longtemps incarné les limites du sujet pictural, est mort de n’avoir su se défaire, au fil de son développement, d’une interprétation spiritualiste, fût-il pensé comme un objet. Il retrouve ici un peu de contemporanéité par la couleur, d’infinies nuances de brun qui évoquent aussi bien les pollutions de toutes sortes, dans l’espace des villes, que l’impression produite, pour les yeux fatigués, par la succession des images sur un écran. Grâce à la présence spectrale de la figure, qui en dévoie la pureté mais en ravive l’ambition, le monochrome est pris en flagrant délit de subjectivité. C’est la fin d’un tabou. Il s’agira désormais de tirer les conséquences philosophiques de cette incursion cavalière dans la citadelle désertée.»

Gauthier Hubert, in Kunstbulletin 6/2013

Marco COSTANTINI

Historien de l’art et commissaire d’exposition indépendant, il a été chargé de recherche auprès du Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne et enseigne la théorie et l’esthétique de l’art contemporain à l’Ecole cantonale d’Art du Valais. Il a enseigné pendant plusieurs années à l’Université de Lausanne en tant qu’assistant puis chargé de cours, ainsi qu’à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Ses articles sur l’art contemporain et la photographie, souvent en relation avec ses thèmes de recherche, sont centrés sur les représentations et les usages du corps dans les différentes pratiques artistiques de la deuxième moitié du XXe siècle à aujourd’hui, ainsi que sur les interactions des arts plastiques avec le textile, la danse contemporaine et le design.

Véronique EMMENEGGER

Docteur en Médecine. Double titre de spécialiste FMH en Dermatologie et Vénéréologie, ainsi que Allergologie et Immunologie Clinique sous spécificités en phlébologie et laser. Après une longue formation post graduée en Europe et aux USA, la Doctoresse se consacre plus particulièrement au domaine de la Dermatologie médicale et esthétique par lasers et méthodes physiques.
Parallèlement à sa pratique libérale en Dermatologie, elle cofonde en 1998, la Clinic Lémanic à Lausanne en Suisse – dédiée à l’Anti-Age et à la Santé & Beauté de la Peau – dont elle assure la Direction Médicale depuis 15 ans.
Sous son égide, la Clinic Lémanic s’est vue discerner plusieurs prix internationaux pour la précellence des prestations médico-esthétiques proposées et le caractère innovant des soins.

La Clinic Lémanic en bref : Fondée à Lausanne, la Clinic Lémanic est une institution pionnière en Europe dans la recherche et l’application innovantes des technologies de pointe en dermatologie, médecine esthétique et anti-âge. Ses compétences et son expertise avant-gardistes ont contribué à son rayonnement international. Tout en restant concentrée sur ses domaines de compétences, elle développe une vision plus large de l’esthétique, englobant la prévention médicale et le maintien de la santé et la beauté pour toute la vie. La Clinic lémanic s’est vue discerner plusieurs distinctions internationales dont le prestigieux prix IIPP à l’UNESCO à Paris en 2012 pour le mérite au développement des technologies en médecine et en esthétique. Elle a reçu en outre en 2010 le Crystal Award de la meilleure clinique esthétique d’Europe.

Michel FUCHS

Michel E. Fuchs, né le 10 août 1957 à Lausanne, est archéologue, membre de Pictoria Snc, groupe de recherches suisses sur les revêtements antiques, et Professeur associé en archéologique des provinces romaines à l’Institut d’archéologie et des sciences de l’Antiquité (IASA) à l’Université de Lausanne.
Après avoir suivi des études à Lausanne et obtenu une licence ès lettres dans les branches de grec, de latin et d’archéologie en 1981, il se consacre à l’étude des peintures murales romaines de l’ancienne capitale des Helvètes, Avenches/Aventicum. Il en fera sa thèse qu’il élaborera à Rome aussi bien qu’en Suisse et en Turquie. Sa spécialisation l’amène à être chercheur associé au CNRS de Paris, dans une unité de recherche basée à l’Ecole Normale Supérieure (AOROC, UMR 8546) et expert de peintures murales romaines en Suisse et dans les pays européens. Il est aussi commissaire d’expositions sur le sujet à Nyon, à Lausanne, à Fribourg et à Avenches, tout en étant chargé de cours à l’Université Jean-Moulin, Lyon 3, et à l’Université de Lausanne, où il est nommé professeur associé en 2004. Il propose des cours et des conférences sur le monde romain dans les Universités populaires de la Broye et d’Aigle, à l’Université du 3e Age de Neuchâtel, sous l’égide de Connaissance 3 dans le canton de Vaud. Mandaté par le Service archéologique de l’Etat de Fribourg, il est rédacteur d’un ouvrage sur l’établissement romain de Vallon et ses mosaïques. Mémoires de maîtrises universitaires et thèses ont été et sont aujourd’hui menés sous sa direction, reflets de son intérêt aussi bien pour la mosaïque, la peinture murale, la sculpture et l’architecture antiques que pour les fouilles et l’étude de sites de l’époque romaine jusqu’au Moyen- ge. Les études iconographiques tiennent une place particulière dans ses recherches.
Membre de plusieurs associations ou sociétés d'archéologie, de conservation, d'histoire et de langues anciennes, dont l’ARS, Association pour l’archéologie romaine en Suisse (deux ans de présidence). Trésorier de l'Association internationale pour la peinture murale antique (AIPMA) jusqu’à fin 2007, Président de l'Association française pour la peinture murale antique (AFPMA) de 2006 à 2011, Trésorier (jusqu’en 2009) puis membre du comité de l’Association francophone pour l’étude de la mosaïque antique (AFEMA), membre du comité de l’Association internationale pour l’étude de la mosaïque antique (AIEMA) et trésorier depuis 2010, membre du comité de la Société Vaudoise d’Histoire et d’Archéologie (SVHA), président de l’Association internationale pour l’étude des inscriptions mineures (Ductus).
Quelques articles et ouvrages

  • Fresques romaines : trouvailles fribourgeoises / Römische Fresken aus dem Kanton Freiburg. En collaboration avec Clara Agustoni, Jean-Robert Gisler, François Guex, Frédéric Saby, Pierre-Alain Vauthey et les étudiants du Séminaire d'Archéologie Classique de l'Université de Fribourg. Catalogue d'exposition. Fribourg 1996, 72 p.
  • Vallon. Musée et mosaïques romaines. Guide archéologique de la Suisse 30. Fribourg 2000, 68 p.
  • Vingt ans de restauration de peintures murales par le Laboratoire du Musée romain d’Avenches. Coordination Verena Fischbacher, Michel Fuchs. Document du Musée cantonal d’archéologie et d’histoire de Lausanne, La Gazette du Laboratoire de conservation-restauration 6. Lausanne 2006.
  • Les murs murmurent. Graffitis gallo-romains. Alix Barbet et Michel Fuchs (dir.). Catalogue d’exposition du Musée romain de Lausanne-Vidy. Gollion 2008, 202 p.
  • Bassiana de Bavière. Autour d’un tableau de l’établissement romain de Schwangau (Allemagne). In : Fabrice Galtier, Yves Perrin (éd.), Ars pictoris, ars scriptoris. Peinture, littérature, histoire. Mélanges offerts à Jean-Michel Croisille. Clermont-Ferrand 2008, p. 87-103.
  • Women and Children in Ancient Landscape. In : Véronique Dasen, Thomas Späth (ed.), Children, Memory, and Family Identity in Roman Culture. Oxford 2010, p. 95-107.
  • Michel E. Fuchs, Benoît Dubosson (éd.), Theatra et spectacula. Les grands monuments des jeux dans l’Antiquité. Etudes de Lettres 1-2. Lausanne 2011, 359 p.
  • Michel E. Fuchs, Florence Monier (dir.), Les enduits peints en Gaule romaine : approches croisées. Actes du 23e séminaire de l’AFPMA, Paris, 13-14 novembre 2009. Revue Archéologique de l’Est, supplément 31. Dijon 2012, 296 p.
  • Bernard Andenmatten, Panayota Badinou, Michel E. Fuchs, Jean-Claude Mühlethaler (dir.), Lieux de mémoire antiques et médiévaux. Texte, image, histoire : la question des sources. a contrario campus. Lausanne 2012, 368 p.
  • Michel E. Fuchs, Richard Sylvestre, Christophe Schmidt Heidenreich (dir.), Inscriptions mineures : nouveautés et réflexions. Actes du premier colloque Ductus (19-20 juin 2008, Université de Lausanne). Berne 2012, 473 p.
  • Décors officiels à Nyon et à Avenches. In : Julien Boislève, Karine Jardel, Graziella Tendron (dir.), Décor des édifices publics civils et religieux en Gaule durant l’Antiquité, Ier – IVe siècle. Actes du colloque de Caen, 7-8 avril 2011. Caen 2012, p. 449-467.
  • Ovide et l’instant de la métamorphose : un modèle pictural pour l’Empire. In : Isabella Colpo, Francesca Ghedini (a cura di), Il gran poema delle passioni e delle meraviglie. Ovidio e il repertorio letterario e figurativo fra antico e riscoperta dell’antico. Atti del Convegno (Padova, 15-17 settembre 2011). Padova 2012, p. 29-42.

Jean-Mathias PRE LAVERRIÈRE

Jean-Mathias PRÉ-LAVERRIÈRE, membre du Cercle freudien, est né à Lausanne en 1933, où il a fait une partie de sa scolarité. Après avoir été envoyé comme soldat dans l’Algérie en guerre, il a entrepris des études de psychologie et de psychosociologie à la Sorbonne.
Membre de l’Ecole freudienne de Paris jusqu’à sa dissolution, élève de Françoise Dolto, il a ouvert un cabinet de psychanalyse tout en continuant des activités d’enseignement et de formation à l’UER des Sciences humaines cliniques de Paris, ainsi qu’auprès d’éducateurs et de travailleurs sociaux ; il a eu des fonctions de psychothérapeute dans divers centres de consultation et dans diverses institutions, notamment en hopital psychiatrique et dans une maison d’accueil spécialisé pour arriérés profonds polyhandicapés.
Il a écrit plusieurs textes portant sur la Chose, l’inceste, le non représentable, la confusion et la complicité, la féminité, le trauma.
bibliographie succinte :

  • Une difficulté de pensée, Patio, n°7, Inceste, éd. de l’Eclat, Paris, 1987.
  • L’amour possible, Patio, n° 9, éd. de l’Eclat, Paris, 1987.
  • Le père de la honte, ou La nuit n’a point de honte, Espaces, n°16, Paris, 1988.
  • Le Deux peut n’être qu’un, car il y a plusieurs sortes de Deux, Che vuoi ? Episodique, n° 7, Paris, 1991.
  • La responsabilité dans la conduite de la cure des psychotiques et des pervers, L’analyse et l’analyste, 1er colloque interassociatif de psychanalyse, Solin, 1991.
  • Le cadre dans l’analyse du trauma, Le cadre de l’analyse, l’Harmattan, 1994
  • Réflexions sur le sacrifice védique, Che vuoi ?, n° 8, l’Harmattan, 1997.
  • Marcher et penser, Che vuoi ?, n° 13, l’Harmattan, 2000.
  • L’Unité duelle, un obstacle à la pensée, HC, 2009.
  • Peut-on combattre la perversion et la délinquance dans une MAS ?, Empan, 2009.
  • De la difficulté de naître, HC, 2010.
  • Une histoire de garçon, le Viol de Lucrèce de Shakespeare, Che Vuoi ?, n° 37, La rumeur lib
  • Argumentation

    Du lieu d’où il le regarde pour soutenir son rapport à lui-même, le personnage du portrait frontal met en question le spectateur, ainsi amené à se demander comment celui-là s’arrange avec la vie.

    En revanche, l’autoportrait, convoquant le regard sur soi, doit passer par le regard de l’adulte au temps de la dépendance enfantine. Deux voies s’offrent alors, comme le montrent ceux faits par Rembrandt tout au long de son œuvre : ou bien il va essayer de se plaire comme il a essayé de plaire autrefois ; ou il voudra renoncer à cette aliénation en cherchant comment l’image que lui renvoie le miroir peut lui indiquer la voie d’une vérité qui l’appelle à ne plus se trahir.

    Son histoire la plus ancienne est ainsi engagée et va le conduire, sans qu’il puisse le savoir autrement que de façon obscure, sur le chemin de ce qu’il était avant sa naissance, avant que la question de la sexuation et de la mort aient eu à se poser. L’ange protecteur symbolisera la présence tutélaire indistincte qui aura accompagné la genèse de la lumière ; et l’ange messager sera le porteur de la parole qui l’autorisera à naître, à se séparer de l’autre archaïque le moment venu.

    En illustrant par leurs œuvres le travail de pensée qu’ils ont dû accomplir, j’essaierai de montrer comment les peintres se sont appliqués à la difficile tâche de la reconnaissance de soi.

Yves RAVEY

Romancier, dramaturge, Yves RAVEY est né à Besançon (France), ville qu’il habite. Il est professeur de français et d’arts plastiques dans un collège.
Bibliographie (extrait) :

  • Bureau des illettrés, roman (Minuit, 1992).
  • Le Cours classique, roman (Minuit, 1995).
  • Alerte, roman (Minuit, 1996).
  • Moteur, roman (Minuit, 1996).
  • La Concession Pilgrim, théâtre (Minuit, 1999).
  • Le Drap, roman (Minuit, 2003).
  • Pris au piège, roman (Minuit, 2005).
  • Bambi Bar, roman (Minuit, 2008).
  • Cutter, roman (Minuit, 2009).
  • Enlèvement avec rançon, roman (Minuit, 2010).
  • Un notaire peu ordinaire, roman (Minuit, 2013).
  • La fille de mon meilleur ami, roman (Minuit 2014)

Je me suis agenouillé sur le bitume, au milieu des habits disséminés dans ce recoin du par- king, et j’ai vérifié le mécanisme de fermeture de la valise. Ensuite, j’ai retiré sa trousse de toilette de sous un buisson de lauriers-roses, la lui ai tendue : Tu veux prendre une douche, Mathilde ? Ça ne te fera pas de mal... Une voiture s’est arrêtée à ma hauteur. Un gendarme est sorti. Il a contourné la valise ouverte, en l’effleurant, de la pointe de sa chaussure, mains derrière le dos. Puis il a mis ses lunettes de soleil et il s’est penché vers moi, en relevant une mèche de ses cheveux blonds. Mathilde, s’agitait toujours devant la chambre. Il m’a demandé si je savais pourquoi cette femme hurlait à ce point. On l’avait alerté. Je n’ai pas répondu. Je me suis contenté de le saluer en me relevant et en faisant craquer au passage les jointures de mes articulations. On n’est plus tout jeune, ai-je plaisanté. Mais le gendarme a insisté : On avait rarement entendu quelqu’un crier de la sorte dans le coin...
C’est votre épouse ?
Non, ce n’est pas mon épouse. C’est la fille de mon meilleur ami.

Extrait du dernier roman de Yves Ravey
LA FILLE DE MON MEILLEUR AMI

Barbara SAFAVORA

Barbara Safarova est maître de conférences en esthétique, auteur de nombreux essais sur l’art brut. Sa thèse de doctorat intitulée L’Œuvre d’Achilles G. Rizzoli et d’Unica Zürn dans le cadre de l’art brut (2008) explore des approches interdisciplinaires d’art brut. Présidente de l’association abcd, productrice de films documentaires, directrice de programme au Collège international de Philosophie où elle dirige un séminaire sur l’art brut.